{"id":1692,"date":"2021-09-01T19:20:23","date_gmt":"2021-09-01T17:20:23","guid":{"rendered":"https:\/\/evelyneguzy.be\/WordPress3\/?page_id=1692"},"modified":"2021-09-01T19:34:46","modified_gmt":"2021-09-01T17:34:46","slug":"entretien-de-evelyne-guzy-avec-alexandre-millon","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/evelyneguzy.be\/WordPress3\/?page_id=1692","title":{"rendered":"Entretien de Evelyne Guzy avec Alexandre Millon"},"content":{"rendered":"\n<p>\u00e0 propos de&nbsp;:&nbsp;<em>La mal\u00e9diction des mots<\/em>. Roman, \u00e9d. MEO, 2021, <em>Nos Lettres<\/em> n\u00b038, juin 2021<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group alignwide\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-flow wp-block-group-is-layout-flow\">\n<figure class=\"wp-block-image is-style-default\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"722\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/evelyneguzy.be\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2021\/09\/Nos-lettres-Juin-2021-722x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1693\" srcset=\"https:\/\/evelyneguzy.be\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2021\/09\/Nos-lettres-Juin-2021-722x1024.jpg 722w, https:\/\/evelyneguzy.be\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2021\/09\/Nos-lettres-Juin-2021-211x300.jpg 211w, https:\/\/evelyneguzy.be\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2021\/09\/Nos-lettres-Juin-2021-768x1089.jpg 768w, https:\/\/evelyneguzy.be\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2021\/09\/Nos-lettres-Juin-2021-1083x1536.jpg 1083w, https:\/\/evelyneguzy.be\/WordPress3\/wp-content\/uploads\/2021\/09\/Nos-lettres-Juin-2021.jpg 1204w\" sizes=\"auto, (max-width: 722px) 100vw, 722px\" \/><\/figure>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<p><strong>Alexandre Millon<\/strong>&nbsp;: Le titre, peux-tu nous l\u2019expliquer en deux mots&nbsp;?&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Evelyne Guzy&nbsp;<\/strong>:&nbsp;Ce titre m\u2019est apparu comme une \u00e9vidence \u00e0 la r\u00e9daction du manuscrit. Derri\u00e8re ses mots, il \u00e9voque une r\u00e9alit\u00e9 difficilement exprimable que, j\u2019esp\u00e8re, nous ressentons intuitivement \u00e0 sa lecture, comme la po\u00e9sie.<\/p>\n\n\n\n<p>La mal\u00e9diction, c\u2019est parfois celle des mots non prononc\u00e9s. Parfois, celle des mots trop prononc\u00e9s. Ou celle de ceux qui sont dit mais que notre esprit efface car nous ne pouvons pas \u2013 encore \u2013 les accueillir au fond de nous. En m\u00eame temps, d\u2019une certaine fa\u00e7on, le silence est parfois une b\u00e9n\u00e9diction, car il offre un immense espace de libert\u00e9. C\u2019est tout le paradoxe.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>AM&nbsp;:&nbsp;<\/strong>Ton livre fait \u00e9cho \u00e0 une part de mon histoire familiale. Et je suis donc doublement touch\u00e9 par sa lecture.&nbsp;&nbsp;Pour rappel, Eva,&nbsp;&nbsp;la narratrice est contemporaine. Mon p\u00e8re fut fort taiseux sur son pass\u00e9 et sur la shoah. Parfois, une porte s\u2019ouvrait, pour se refermer presque aussit\u00f4t. J\u2019ai bien \u00e9t\u00e9 oblig\u00e9 de recoller les morceaux, je dirais entre r\u00e9alit\u00e9 et fiction. Comment&nbsp;&nbsp;le &nbsp;\u00ab&nbsp;droit au silence&nbsp;\u00bb fait &nbsp;r\u00e9sonnance en toi, au \u00ab&nbsp;devoir de m\u00e9moire&nbsp;\u00bb&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>EG&nbsp;:&nbsp;<\/strong>Je me rends compte, environ deux mois apr\u00e8s la sortie du livre, de l\u2019exp\u00e9rience toute particuli\u00e8re qu\u2019il repr\u00e9sente pour moi, et pour certains de mes lecteurs. Au d\u00e9part, je voulais partager une histoire, et aussi une d\u00e9marche qui \u00e9tait la mienne face \u00e0 cette histoire, pour sortir en quelque sorte d\u2019une m\u00e9moire mortif\u00e8re et accueillir dans la joie les disparus du pass\u00e9 en leur offrant, en quelque sorte, une seconde vie. Je les ai souvent imagin\u00e9s sourire \u00e0 la lecture de mon roman. Ce que je n\u2019avais pas imagin\u00e9, c\u2019est l\u2019effet d\u2019\u00e9cho qu\u2019il allait provoquer chez des personnes qui me sont bien souvent \u2013 au d\u00e9part \u2013 inconnues. Depuis la parution de&nbsp;<em>La mal\u00e9diction des mots<\/em>, j\u2019ai re\u00e7u des t\u00e9moignages, parfois tr\u00e8s intimes, du pass\u00e9 de personnes dont la famille a v\u00e9cu la Shoah ou qui, au contraire, ne l\u2019ont pas v\u00e9cue et ont pu percevoir cette r\u00e9alit\u00e9 autrement, plus int\u00e9rieurement, au travers de l\u2019histoire d\u2019Eva et des siens. Mes grands-parents et mon p\u00e8re se sont tus plus qu\u2019ils n\u2019ont parl\u00e9. Et, paradoxalement, je les remercie de ce silence. Ils m\u2019ont ainsi permis de les c\u00f4toyer pour ce qu\u2019ils \u00e9taient \u2013 non des arch\u00e9types de victimes ou de h\u00e9ros, mais des personnes \u00e0 part enti\u00e8re avec leur part de lumi\u00e8re et d\u2019asp\u00e9rit\u00e9s, ce qui fait la beaut\u00e9 de l\u2019\u00eatre humain.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Je n\u2019ai jamais bien compris ce qu\u2019\u00e9tait le \u00ab&nbsp;devoir de m\u00e9moire&nbsp;\u00bb qui sonne parfois comme une injonction \u00e0 parler, \u00e0 raconter, lanc\u00e9e \u00e0 des personnes qui ont suffisamment souffert pour qu\u2019on ne leur impose pas de revivre leur douleur au travers des mots. Ceux qui en ont eu la force et la volont\u00e9 ont t\u00e9moign\u00e9, et je leur en suis profond\u00e9ment reconnaissante. D\u2019autres \u2013 comme les miens \u2013 ont pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 une autre voie, et elle me convient parfaitement aussi. La parole est d\u2019abord une affaire de libert\u00e9. Et celle qui m\u2019anime, alors que je suis de la premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration qui n\u2019a pas directement v\u00e9cu les \u00e9v\u00e9nements, est celle d\u2019un \u00ab&nbsp;d\u00e9sir de m\u00e9moire&nbsp;\u00bb, selon la belle expression de Vincent Engel, plut\u00f4t que d\u2019un devoir.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>AM<\/strong>&nbsp;: J\u2019aime et je me retrouve dans ce \u00ab&nbsp;d\u00e9sir de m\u00e9moire&nbsp;\u00bb, car il communique avec le&nbsp;&nbsp;d\u00e9sir d\u2019\u00e9crire, par le t\u00e9moignage mais aussi via le pouvoir de la fiction.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>R\u00e9el et tragique hasard de calendrier, j\u2019\u00e9tais all\u00e9 au Mus\u00e9e juif de Bruxelles, peu avant la tuerie (24.05.2014). Un attentat que j\u2019ai v\u00e9cu tr\u00e8s frontalement. Un d\u00e9clic, un basculement.&nbsp;G\u00e9rard Rabinovitch (directeur de l\u2019Institut europ\u00e9en Emmanuel-L\u00e9vinas), reprend \u00e0 son compte la recommandation de Thomas Jefferson&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le prix de la libert\u00e9, c\u2019est une vigilance \u00e9ternelle \u00bb. Un chantier permanent, celui qui sans cesse renforce les digues culturelles, mentales, cognitives, articul\u00e9es aux valeurs de la raison, de la libert\u00e9 et de l\u2019\u00e9thique&#8230;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Comment as-tu v\u00e9cu cet \u00e9v\u00e9nement-l\u00e0 ?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>EG&nbsp;<\/strong>: L\u2019attentat au Mus\u00e9e juif m\u2019a plong\u00e9e dans la sid\u00e9ration. Tout d\u2019abord, parce que j\u2019avais consacr\u00e9 plusieurs travaux \u2013 un essai, deux romans, des articles \u2013 au terrorisme et que j\u2019avais l\u2019intuition \u2013 ou plut\u00f4t la quasi-certitude \u2013 qu\u2019un attentat \u00e0 Bruxelles se produirait. Je l\u2019avais d\u2019ailleurs mis deux fois en fiction&nbsp;avec&nbsp;<em>Dans le sang<\/em>&nbsp;(2009) et&nbsp;<em>Le martyr de l\u2019\u00e9toile<\/em>(2012). Un sentiment d\u2019impuissance m\u2019a envahi, en m\u00eame temps qu\u2019un immense deuil&nbsp;: il n\u2019avait servi \u00e0 rien de pr\u00e9venir.<\/p>\n\n\n\n<p>Le fait que l\u2019attentat ait eu lieu au Mus\u00e9e juif, alors que c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment l\u00e0 qu\u2019avaient d\u00e9but\u00e9 les recherches familiales qui allaient donner naissance \u00e0&nbsp;<em>La mal\u00e9diction de mots<\/em>, a rendu le choc plus intime encore. Je connaissais les lieux, ils tenaient une place importante dans ma qu\u00eate, et je me sentais en lien, aussi, avec chacune des victimes&nbsp;; cela aurait pu \u00eatre moi ou un de mes proches. Et je sais que c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment cette pens\u00e9e que vise l\u2019acte de terreur&nbsp;; pourtant, je ne pouvais y \u00e9chapper.<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant plusieurs jours, je me suis trouv\u00e9e dans l\u2019impossibilit\u00e9 de poursuivre l\u2019\u00e9criture de mon roman. Dans le m\u00eame temps, je me rendais bien compte qu\u2019arr\u00eater, c\u2019\u00e9tait c\u00e9der \u00e0 la peur, c\u2019\u00e9tait trahir, c\u2019\u00e9tait abandonner les miens \u00e0 l\u2019oubli et donner la victoire aux assassins. Car un mus\u00e9e \u2013 et le Mus\u00e9e juif, plus sp\u00e9cifiquement \u2013, n\u2019est-ce pas un lieu de m\u00e9moire&nbsp;?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>AM&nbsp;<\/strong>: Delphine Horvilleur, femme rabbin, d\u00e9clare : \u00ab&nbsp;Tandis que progressent les ph\u00e9nom\u00e8nes de communautarisation identitaires et de comp\u00e9titions victimaires, la m\u00e9moire de la Shoah prend, aux yeux de certains, trop de place. (&#8230;) Il semble s&rsquo;organiser sous nos yeux un morbide concours de souffrances o\u00f9 certains disent aux Juifs : \u00ab\u00a0Y&rsquo;a pas que vous ! Nous aussi on a eu mal&#8230; et m\u00eame, avant vous !\u00a0\u00bb (&#8230;) Revient \u00e0 l&rsquo;esprit la phrase qu&rsquo;aimait tant citer Marceline Loridan-Ivens : \u00ab\u00a0Ils ne nous pardonneront jamais le mal qu&rsquo;ils nous ont fait\u00a0\u00bb\u2026&nbsp;\u00bb. Que dirait l\u2019auteure de La Mal\u00e9diction des mots&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>EG&nbsp;:&nbsp;<\/strong>\u00c0<strong>&nbsp;<\/strong>mes yeux, la concurrence victimaire n\u2019a aucun sens. La solidarit\u00e9 en a un. Je veux dire par l\u00e0 qu\u2019\u00e9tant issue du peuple qui a v\u00e9cu la Shoah, peut-\u00eatre puis-je comprendre la souffrance subie par d\u2019autres, et je pense particuli\u00e8rement \u00e0 des amies rwandaises sorties tr\u00e8s meurtries du g\u00e9nocide des Tutsis. Je me suis tenue \u00e0 leurs c\u00f4t\u00e9s, dans un esprit d\u2019entraide et de recherche de la justice \u2013 non de la vengeance.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Cette solidarit\u00e9 ne peut se nourrir de ressentiment, se dresser comme une arme contre \u00ab&nbsp;les autres&nbsp;\u00bb essentialis\u00e9s comme oppresseurs face \u00e0 des victimes qui se pareraient, toutes causes confondues, d\u2019un tel statut.<\/p>\n\n\n\n<p>Plus que tout, je pense qu\u2019\u00eatre \u00ab&nbsp;victime&nbsp;\u00bb n\u2019est pas une identit\u00e9. C\u2019est un \u00e9tat de fait \u00e0 un moment donn\u00e9, qu\u2019il s\u2019agit de surmonter. Par le t\u00e9moignage ou par la fiction, par l\u2019ouverture port\u00e9e aux autres ou par l\u2019action commune. Par tout ce qui nous permet de nous relever et d\u2019\u00eatre source de vie, et non vecteur de mort.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai la na\u00efvet\u00e9 de consid\u00e9rer que nous sommes un certain nombre \u2013 issus de lign\u00e9es meurtries ou pas du tout \u2013 \u00e0 vouloir cr\u00e9er ensemble un monde digne des valeurs des droits humains.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>AM&nbsp;<\/strong>: Dans ton livre, pages 77-78-79, on lit (\u00e0 mes yeux) deux points importants. Le premier, sur le champ sociopolitique : \u00ab&nbsp;\u00c0&nbsp;Charleroi, nous avons retrouv\u00e9 les m\u00eames courants politiques que ceux qui \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 actifs en Pologne, ainsi que les mouvements de jeunesse\u2026&nbsp;\u00bb.&nbsp;&nbsp;Tu d\u00e9cris bien comment d\u2019un c\u00f4t\u00e9, les sionistes, voient l\u2019avenir du peuple juif, par&nbsp;&nbsp;la cr\u00e9ation de l\u2019\u00e9tat d\u2019Isra\u00ebl&nbsp;; et de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, \u00ab&nbsp;l\u2019utopie&nbsp;\u00bb des militants communistes, qui pr\u00f4naient la fraternit\u00e9 universelle&nbsp;&nbsp;dans un monde sans fronti\u00e8res. Un front qui alimentera l\u2019incompr\u00e9hension du non-juif\u2026 Le second point concerne tous les d\u00e9racin\u00e9s du monde, et se situe dans le champ affectif et culturel. Je pense \u00e0&nbsp;&nbsp;la Maison des Huit heures et comment on pouvait rire et pleurer face \u00e0 une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre en Yiddish\u2026<\/p>\n\n\n\n<p><strong>EG&nbsp;:&nbsp;<\/strong>Le passage que tu \u00e9voques traduit la richesse intellectuelle du monde juif d\u2019avant-guerre, o\u00f9 plusieurs fa\u00e7ons d\u2019envisager l\u2019avenir, de trouver une solution au \u00ab&nbsp;probl\u00e8me juif&nbsp;\u00bb coexistaient, du sionisme au communisme en passant par d\u2019autres courants de pens\u00e9e que je d\u00e9cris dans le livre.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La d\u00e9cision de s\u2019exiler est une d\u00e9cision lourde, qui demande de profondes r\u00e9flexions&nbsp;; elle a une incidence non seulement sur soi-m\u00eame mais aussi sur les g\u00e9n\u00e9rations \u00e0 venir. J\u2019imagine donc l\u2019effervescence id\u00e9ologique qui existait \u00e0 l\u2019\u00e9poque \u00e0 Charleroi, o\u00f9 des personnes simples, comme mes grands-parents paternels, se trouvaient \u00e0 la crois\u00e9e des chemins, entre plusieurs conceptions de leur avenir.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Dans les ann\u00e9es 30, \u00e0 la Maison des Huit heures \u2013 haut lieu du syndicalisme, et plus tard de la R\u00e9sistance \u2013 s\u2019exprimait tant l\u2019aspiration \u00e0 l\u2019\u00e9galit\u00e9 universelle dans un monde sans fronti\u00e8res que les accents yiddish du \u00ab&nbsp;particularisme juif&nbsp;\u00bb tel que le qualifiaient certains communistes. Il n\u2019y a cependant pas, pour moi, de contradiction entre la tension vers l\u2019universel et l\u2019amour assum\u00e9 de sa propre culture&nbsp;; un lien naturel existe aussi \u2013 par-del\u00e0 les diff\u00e9rences id\u00e9ologiques \u2013&nbsp;&nbsp;avec ceux qui partagent avec nous un v\u00e9cu, des r\u00e9f\u00e9rences, des traditions.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Comme toutes les identit\u00e9s v\u00e9cues sans crispation, l\u2019identit\u00e9 juive n\u2019est qu\u2019une partie de nos multiples appartenances, qui se conjuguent, souples et mouvantes, dans le temps et dans l\u2019espace. Les exprimer contribue \u00e0 la beaut\u00e9 du monde.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>AM&nbsp;:<\/strong>&nbsp;Oui. Ce que tu dis me fait penser \u00e0 un po\u00e8me de&nbsp;&nbsp;Pablo Neruda&nbsp;&nbsp;(<em>El Canto General<\/em>), le prix Nobel \u00e9crit&nbsp;: \u00ab&nbsp;Qu&rsquo;aucun de vous ne pense \u00e0 moi. Pensons plut\u00f4t \u00e0 toute la terre, frappons amoureusement sur la table\u2026 Je ne suis rien venu r\u00e9soudre. Je suis venu ici chanter je suis venu&nbsp;&nbsp;afin que tu chantes avec moi&nbsp;\u00bb.<em>&nbsp;<\/em>Chantons un Kaddish ou un chant aux multiples appartenances,&nbsp;&nbsp;un chant de R\u00e9sistant aussi. Nous arrivons au dernier des trois volets du livre. Sans trop d\u00e9voiler, que peux-tu nous en dire&nbsp;?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>EG&nbsp;:&nbsp;<\/strong>Je vois&nbsp;<em>La mal\u00e9diction des mots<\/em>&nbsp;tant comme un Kaddish \u2013 la pri\u00e8re juive des morts \u2013 d\u00e9di\u00e9 \u00e0 ma famille d\u00e9cim\u00e9e par la Shoah que comme un roman initiatique. Au travers du Survivant \u2013 son grand-p\u00e8re paternel \u2013, de l\u2019Enfant \u2013 son propre p\u00e8re \u2013 puis du R\u00e9sistant \u2013 son grand-p\u00e8re maternel, la petite Eva tente d\u2019apprivoiser ses fant\u00f4mes et de rena\u00eetre libre et consciente de leur h\u00e9ritage. Cette nouvelle naissance implique une mort symbolique, l\u2019acceptation d\u2019enterrer une certaine vision du pass\u00e9 afin de construire de nouvelles hypoth\u00e8ses. Or, chemin faisant, il s\u2019est r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que la mort, ses rites et comm\u00e9morations, tiennent une place centrale dans l\u2019h\u00e9ritage de Roger-David Katz, le grand-p\u00e8re maternel d\u2019Eva.<\/p>\n\n\n\n<p>Tr\u00e8s t\u00f4t, en effet, elle a r\u00e9fl\u00e9chi \u00e0 sa propre fin et envisag\u00e9 de se faire incin\u00e9rer. Le jour de la cr\u00e9mation de son p\u00e8re, cependant, au moment de la dispersion des cendres, elle a \u00e9t\u00e9 saisie de sid\u00e9ration&nbsp;: l\u2019image des fours cr\u00e9matoires s\u2019est impos\u00e9e \u00e0 elle. Elle a alors compris que le kaddish serait r\u00e9cit\u00e9 sur sa tombe, bien qu\u2019elle soit ath\u00e9e. Contrairement \u00e0 ce qu\u2019elle avait imagin\u00e9, sa mort appartiendrait aux siens.<\/p>\n\n\n\n<p>Les r\u00e9sistants juifs \u2013 souvent sympathisants communistes \u2013 fusill\u00e9s par l\u2019ennemi au lieu-dit Le Tir National n\u2019ont pu exprimer leur volont\u00e9 sur la fa\u00e7on dont ils seraient enterr\u00e9s. Auraient-ils souhait\u00e9 qu\u2019une \u00e9toile de David, symbole de jud\u00e9it\u00e9, surmonte leur tombe&nbsp;? Les nazis ont voulu exterminer leur peuple, ce qui a en partie motiv\u00e9 leur combat. Auraient-ils plut\u00f4t accept\u00e9 une croix, un signe religieux qui ne leur appartenait pas&nbsp;? A moins de consid\u00e9rer que la croix est le symbole universel de la mort\u2026&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Initialement, chaque tombe du Tir National \u00e9tait surmont\u00e9e d\u2019une croix. Mais aujourd\u2019hui, des \u00e9toiles sont l\u00e0 aussi \u2013 ainsi que des st\u00e8les de b\u00e9ton. Elles sont le r\u00e9sultat du combat men\u00e9 durant un quart de si\u00e8cle par Roger-David Katz, lui-m\u00eame ath\u00e9e. Elles t\u00e9moignent de l\u2019implication de Juifs au sein de la R\u00e9sistance afin que nous puissions vivre dans un monde lib\u00e9r\u00e9 de l\u2019oppression totalitaire. Comme les autres, ils se sont battus.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00e0 propos de&nbsp;:&nbsp;La mal\u00e9diction des mots. Roman, \u00e9d. MEO, 2021, Nos Lettres n\u00b038, juin 2021 Alexandre Millon&nbsp;: Le titre, peux-tu nous l\u2019expliquer en deux mots&nbsp;?&nbsp;&nbsp; Evelyne Guzy&nbsp;:&nbsp;Ce titre m\u2019est apparu comme une \u00e9vidence \u00e0 la r\u00e9daction du manuscrit. Derri\u00e8re ses &hellip; <a href=\"https:\/\/evelyneguzy.be\/WordPress3\/?page_id=1692\">Continuer la lecture <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":1124,"menu_order":9,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-1692","page","type-page","status-publish","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/evelyneguzy.be\/WordPress3\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/1692","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/evelyneguzy.be\/WordPress3\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/evelyneguzy.be\/WordPress3\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/evelyneguzy.be\/WordPress3\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/evelyneguzy.be\/WordPress3\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1692"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/evelyneguzy.be\/WordPress3\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/1692\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1699,"href":"https:\/\/evelyneguzy.be\/WordPress3\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/1692\/revisions\/1699"}],"up":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/evelyneguzy.be\/WordPress3\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/1124"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/evelyneguzy.be\/WordPress3\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1692"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}