Caroline De Mulder, Bye bye Elvis

10/10/13 : Caroline De Mulder, Bye bye Elvis, Actes Sud. Roman

Actes Sud est une maison d’édition française fondée par Hubert Nyssen, un écrivain et éditeur d’origine belge, dans les années 70 . A l’époque, il semblait osé d’éditer hors de Paris ; Hubert Nyssen a choisi le sud de la France, et, au vu de l’importance actuelle de sa maison, l’histoire lui a donné raison… Si, comme moi, vous aimez vous rendre à Arles pour les Rencontres photographiques en été, vous avez sûrement repéré les locaux et la librairie d’Actes Sud, que jouxte son salon de thé, place Nina Berberova, du nom d’un auteur phare de l’éditeur. Hubert Nyssen est décédé en 2011. Aujourd’hui Actes Sud est dirigée par Françoise Nyssen et Bertrand Py en assure la direction éditoriale. Caroline De Mulder y publie son troisième ouvrage : Bye bye Elvis.

Caroline De Mulder est l’un des seuls auteurs dont j’ai lu tous les romans… Il faut dire qu’elle en a publié trois (dont deux par Champ Vallon), tout de suite remarqués grâce à la musicalité de son style. Dans Ego tango, pour lequel elle a emporté le prix Rossel en 2010, les phrases nous transportent au rythme de la danse argentine. Nous les bêtes traquées est d’une veine plus politique et on y entend parler les opprimés d’une seule voix, comme noyés dans le collectif de la misère. Et c’est de musique, toujours, qu’il s’agit dans le troisième ouvrage de Caroline De Mulder, et cette fois de façon directe, puisque Bye bye Elvis interroge l’âme de l’icône vivante qu’a été Elvis Presley.

Au jour de la mort d’Elvis Presley, des milliers de personnes se bousculent aux grilles de sa propriété de Graceland pour contempler son corps embaumé. L’atmosphère empeste la fleur pourrie, tant ont été massives les offrandes à l’idole. Les dernières années d’Elvis, pourtant, n’ont rien eu de glorieuses. Envahi par l’obésité, drogué par les médicaments, trahi par ses proches, malade des concerts ratés et des films bâclés de la sa fin de carrière, tout en lui exprime la déchéance. Mais ses fans n’y voient que du feu, tant est intense le besoin de vénérer, de chaparder les boutons de ses vêtements, de manger l’herbe sur laquelle il a marché. Car depuis l’enfance, Elvis a créé un personnage : un look, une mèche, une voix, un frémissement des hanches à nul autre pareil. Ridicule ou sublime, obscène ou attirant, selon le regard porté.

Pour ses admirateurs Elvis vit encore, certains l’imaginent parmi nous, sous le couvert de l’anonymat. Elvis, un gars comme vous et moi finalement. Un gars comme John White, autre personnage clé du roman, un vieillard américain qui vit à Paris, entouré des soins attentifs de sa gouvernante. Car John, comme Elvis, nourrit une passion pour sa mère, comme Elvis, est écrasé par son propre poids, comme Elvis, tombe dans la décrépitude, comme Elvis est obsédé par son apparence, comme Elvis, se gave de médicaments et comme lui est pris d’accès de mysticisme. La vie de John sonne comme une métaphore de celle d’Elvis. Caroline De Mulder nous dresse le portrait de deux hommes dépossédés de leur personnalité. « Elvis restera la proie de la foule en devenant l’ombre de lui-même », écrit Caroline De Mulder. Elvis a perdu le contrôle de sa propre vie. Et si elle se révèle exceptionnelle, son expérience semble universelle. De l’autre côté du miroir, John White, moins célèbre, certes, mais tout aussi perdu, nous ramène à la fragilité de notre identité.

La semaine prochaine, nous parlerons de deux premiers romans : celui de Mathilde Alet, Mon Lapin, paru chez Luce Wilquin et celui de Joan Condijts, L’Homme qui ne voulait plus être roi, chez Genèse édition.

Ecouter : Melting Pot 101114

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