La Malédiction des Mots

Editions MEO, 2021

Résumé

Et si le silence se révélait un cadeau ? C’est la question que se pose Eva lorsqu’elle entame une enquête sur la vie de ceux qui ne sont plus là pour parler.

Icek, le survivant. Terne et laid, le grand-père paternel d’Eva semblait sans histoire. Un immigré juif venu de Pologne dans les années 30, comme bien d’autres. Jusqu’au jour où Eva pense découvrir son passé communiste. Qui était vraiment Icek ?

Groïnim, l’enfant d’Icek, le père d’Eva. Peu avant de mourir, il lui a légué une vidéo qui témoigne de son passé de guerre. Mais, à l’analyse, tout ne colle pas… Où se situe la vérité alors que l’enfance cachée de Groïnim lui a appris la dissimulation ?

Doniek, le résistant, grand-père maternel d’Eva. Figure importante de la lutte armée belge, dirigeant sioniste respecté et fervent anticommuniste, Doniek a vécu une descente aux enfers lorsqu’un historien a mis en cause son action. Qui a tort, qui a raison ?

Au carrefour des vies du Survivant, de l’Enfant et du Résistant, Eva se saisit de sa propre existence et se forge un destin choisi, dans l’amour des silences du passé.

Extraits

Le Survivant

Moi qui n’ai jamais existé

J’ai longtemps cru que je ne te raconterais jamais. Je suis mort sans te raconter. Et aujourd’hui, face à toute cette agitation, face à ton agitation, j’en ai finalement ressenti le besoin. Je te le dis tout de suite : je ne suis pas sûr de bien agir. Et alors que tes doigts s’emballent sur le clavier sous ma dictée, je ne sais pas encore si j’arriverai à reconstituer avec toi ce récit. Le récit de ma vie, penses-tu. Mais ai-je eu une vie ? Je suis de ceux que leur ombre a toujours précédés et qui auraient voulu s’y noyer. Des anonymes, des inconnus. C’est ce qui m’a sauvé, je crois. Et qui fait que tu te tiens ici, toute raide face à ton clavier, emplie de cette peur de perdre le contrôle qui toujours t’a paralysée. Submergée par l’émotion que tu aimerais contenir, comme à chaque fois. Et la plupart du temps, tu réussis. Dans la famille, on ne pleure pas, on courbe sous le poids de la vie sans jamais plier. On résiste, à sa façon. Qui connaît vraiment tes sentiments ?

[…] Je suis un homme simple, et tu imaginais que je savais à peine lire et écrire. Oui, le français. Comme s’il existait une seule langue sur terre. Pour toi, en tous les cas, c’est évident. La seule que tu maîtrises à peu près correctement. Tu l’aimes jusqu’à l’obsession, comme si elle avait été celle de tes ancêtres, comme si elle était toi, et plus encore. Sous tes airs de princesse lettrée, tu sembles avoir oublié que tes grands-parents avaient une langue, le yiddish, que parlaient les Juifs d’Europe de l’Est. Et une culture, qui n’était pas la religion. Tu as vécu dans une douce ignorance, pensant détenir la seule vérité. Loin de la réalité des tiens. J’en porte, en partie, la responsabilité. Voilà pourquoi je consens à te livrer ces confidences dans la langue de ma patrie d’adoption ; je l’ai apprise lettre à lettre durant l’Occupation. Bien sûr, je me doute bien qu’à la première relecture tu revisiteras mes mots pour les remplacer par les tiens. C’est ta manie, ton métier. Je vais m’en accommoder.

L’Enfant

Le lit blanc

Nous sommes fin août 44, et pour Léon comme pour tous les pensionnaires de Momignies, l’issue de la guerre ne fait plus grand doute. Le débarquement de Normandie, début juin, a provoqué un grand enthousiasme dans la chambrée, même les moines sautaient de joie. […] Par miracle, Léon – ou plutôt à nouveau Grégoire – vivra l’arrivée des jeeps américaines, les lancers de chewing-gums des GI’s et le grand souffle d’euphorie collective qui s’empare de la population.

[…] Quelques jours avant l’arrivée des Américains, les nazis, en pleine débâcle, se retiraient dans le désordre, faisant mine de continuer le travail. Ils débarquèrent donc dans le grand dortoir, sommant les enfants, sortis brusquement du lit, de se mettre au garde-à-vous, en pyjama, sous le regard des frères, impuissants, et des Allemands, tout-puissants. «Baissez les pantalons!» ordonna l’officier avec ce qui lui restait d’air martial. Trois soldats négligés, visiblement plus âgés, furent alors chargés de l’inspection du sexe des jeunes garçons. Dans sa tête, Léon se répétait sans cesse la version qu’il imaginait devoir livrer au conscrit chargé de scruter son pénis circoncis : « Je suis tombé à vélo et on a dû m’opérer. » Ce sont des choses qui arrivent, finalement.

Mon père essaie de se tenir droit, tout tremblant, il a du mal à contrôler ses mouvements, il s’en souvient encore à l’âge de 78 ans. Déglingué, l’air las, le soldat chargé de sa colonne détaille, comme dégoûté, un à un, chacun des zizis qui lui sont présentés. Arrive le tour de mon père. Grégoire le fixe dans les yeux, juste un regard. L’Allemand poursuit son chemin. Mon père lui doit la vie.

Le Résistant

Souvenirs pédestres

Ce même 19 avril 1943, jour de la Pâque juive – fête de la Libération par excellence, celle de la sortie des Juifs d’Égypte –, un haut fait de Résistance eut lieu en Belgique également. Peut-être Doniek racontait-il à Eva qu’il avait, d’une certaine façon, participé à cette action héroïque – enfin, c’est ce dont elle pense se souvenir. Des résistants – lui? des hommes à lui? – avaient attaqué un convoi de déportés lors de son trajet du sinistre camp de rassemblement de Malines vers le camp de la mort d’Auschwitz. Leur but : libérer les prisonniers. Dix-sept profitèrent de l’action des résistants, qui avaient ouvert la porte d’un wagon, pour s’échapper. Lors du même trajet, d’autres prisonniers avaient tenté de s’évader grâce à des outils de fortune. En tout, selon l’historien Maxime Steinberg, deux cent trente et un déportés réussirent à se sauver et vingt-trois périrent lors de leur tentative. La victoire symbolique fut immense : l’épisode du XXe convoi est célébré comme un fait unique dans l’histoire de la déportation européenne.

Mais alors, pourquoi mon grand-père ne commémorait-il pas cette action, lorsqu’il rendait hommage à la Résistance avant de raviver la flamme du Soldat inconnu ? ou bien lors de la célébration des héros de Varsovie ? Eva ne se posait pas tant de questions. Elle s’imaginait issue d’une lignée de héros, les deux frères Katz n’avaient-ils pas – dans une merveilleuse synchronicité – tenté ensemble de mettre fin à la barbarie nazie ? Toute sa vie elle tenta de s’en montrer digne.

Dans la presse, à la radio et sur les blogs…

BXFM 104.3 – L’invité du jour – 16/2/21

Au micro de Pierre Chaudoir, Diffusion à 7h 35 et 17 h 30.

Critiques Libres et Mes impressions de lecture – Débézed – 20/2/21

 » Elle veut écrire la vie de sa famille à la mémoire de tous ceux qui sont morts dans les différentes épreuves infligées au peuple juif tout au long de ce terrible siècle, elle veut écrire aussi pour ceux qui doivent perpétuer la culture yiddish et surtout pour témoigner que les Juifs ne se sont pas laissé mener dans les camps comme des moutons à l’abattoir. Elle veut montrer, décrire, expliquer leurs combats, leur résistance, leur rébellion… »

« Eva a laissé des blancs dans son récit, ils sont peut-être encore plus importants que tout ce qu’elle a découvert car ils interrogent et, ainsi, évitent que l’oubli gomme ceux qui ont participé à cette terrible épreuve. Mais, avec sa petite-fille, elle pourra toujours témoigner que « Nous ne sommes pas des moutons qu’on mène à l’abattoir. Nous sommes un peuple de mémoire ». »

Radio Air Libre 87.7 FM – Cocktail Nouvelle Vague – Guy Stuckens – 24/2/21

« La malédiction des mots » est-il un roman ? Ou s’agit-il plutôt d’un récit qui, sous couvert d’une fiction, nous propose une réflexion sur les racines et l’histoire des familles ou plutôt leur absence dans le cas de ceux qui ont échappé aux pogroms et au génocide et se sont réfugiés dans le silence, tant ce qu’ils avaient vécus est innommable…

Évelyne GUZY nous mène à travers ses propres recherches et questionnement, partant du constat qu’elle ne connait rien de l’histoire de ses grands-parents, ni de ce qui les a poussés à quitter la Pologne pour poser leur valise du côté de Charleroi. « Avant la guerre, la Pologne avait été le centre mondial de la vie juive, et le berceau de notre famille. Après le désastre, elle est devenue pour tous les juifs du monde un immense cimetière » écrit-elle. Un sujet toujours d’actualité … En même temps, elle nous initie à l’histoire de l’Est de l’Europe, souvent inconnue à l’Ouest. 

Lecture d’un extrait page 37.

Fond sonore : Le passé recomposé de Line Adam.

Ghislain Cotton – Devoir de mémoire – Le Carnet et les Instants – 26/2/21

Pour Évelyne Guzy, baptiser « roman » une enquête sur sa propre famille juive, c’est aussi un devoir d’honnêteté et la façon de donner à la journaliste et chroniqueuse la liberté de fondre, à 60 ans, la réalité d’Évelyne dans ses propres pas : ceux de la petite Eva, au fil d’une recherche marquée par la rigueur et par un acharnement courant sur de nombreuses années. Au départ : il y aurait une lettre posthume du grand-père Icek, imprégnée formellement de culture yiddish et qui précise : « Bien sûr, je me doute bien qu’à la première relecture, tu revisiteras mes mots pour les remplacer par les tiens ; c’est ta manie, ton métier. Je vais m’en accommoder ».

Icek lui-même dit se considérer comme un « homme terne » et dont la seule particularité est d’avoir existé. Ce qui n’empêche pas ce natif de Czestochova (ville du culte polonais à la Vierge Noire, célébré par Jean-Paul II) d’avoir vécu dans son pays les brimades incessantes et jusqu’aux persécutions les plus odieuses du pouvoir à l’encontre de la population juive. Assez pour qu’il finisse par s’exiler en Belgique avec sa compagne Golda, à Charleroi précisément  où après avoir tâté de plusieurs emplois, dont celui de mineur, Icek ouvrira un commerce de « shmates » (en l’occurrence des casquettes, la spécialité familiale). C’est là que, plus tard, la jeune Eva, leur petite-fille, rendra visite à ses grands parents et à son père Grégoire. Mais avant cela, il y a la guerre et la fuite du couple polonais réfugié dans une ferme de la campagne belge après s’être heureusement dérobé à l’ordre de transfert à la caserne Dossin de sinistre mémoire. Quant à Grégoire, en âge d’école, il sera recueilli à Momignies par les trappistes de l’abbaye de Scourmont réquisitionnée par l’occupant. Il sortira de la guerre sain et sauf et deviendra pour Eva-Evelyne (née en 1960) ce père narcissique et peu affectueux qui lui léguera avant de mourir une vidéo où il parle de lui-même mais peu éclairante sur la personnalité d’Icek. C’est pas hasard qu’en 2013, lors d’un débat public autour de Monsieur Optimiste, le livre d’Alain Berenboom, l’autrice apprendra d’un inconnu que son grand-père paternel aurait été en réalité un membre actif d’une cellule de Juifs communistes. (« Eva n’a pas insisté. Elle est rentrée chez elle normalement. Sa vie avait basculé »). Et plus que jamais l’avait animée une volonté d’enquêter tous azimuts mais sans réussite absolue sur la véritable personnalité de ses ascendants. Il faudra donc que la  romancière «bouche les trous » et s’en rapporte aux flous laissés par l’Histoire.

En ce qui concerne la lignée maternelle d’Eva, un doute aussi flotte sur la personnalité de David Katz, l’autre grand-père. S’il fut à coup sûr un résistant actif – d’ailleurs auréolé de gloire après la guerre – œuvrant au sein d’une association de Juifs sionistes (farouchement opposés aux Juifs communistes férus d’universalisme comme l’était Icek que David méprisait), il se serait attribué, en plus de la conception, une participation physique à un épisode fameux de la guerre. Celui de l’arrêt en Brabant flamand du XXe convoi de déportés parti de Dossin pour Auschwitz en 1944 et qui permit à de nombreux Juifs de s’échapper et de survivre. Présence sur le terrain que l’historien Maxime Sternberg a violemment contestée jusqu’à l’issue d’une longue polémique qui eut surtout pour effet de mettre en relief le rôle des trois principaux protagonistes putatifs où ne figure plus le nom de David Katz, lequel fut certes un grand résistant, d’ailleurs très éprouvé physiquement par son action et qui n’a pas volé les honneurs qui lui ont été rendus après la guerre. Il devait toutefois convenir lui-même que certains d’entre eux avaient tendance à se mettre quelque peu en avant. Quoi qu’il en soit, il aura largement contribué à la réalité professée plus tard par Eva et sa fille Jeanne (lors d’une commémoration au Tir National), à l’encontre de certains propos dénigrants sur le comportement des Juifs pendant la guerre : « Nous ne sommes pas des moutons qu’on mène à l’abattoir. Nous sommes un peuple de mémoire ».

Un livre écrit à cœur ouvert, à l’enseigne de la fidélité et de la transmission… Et confronté à cette double « malédiction des mots » : la fatale inadéquation au vécu, mais aussi les affres et parfois les désappointements de son dévoilement par une recherche honnête et impartiale. C’est aussi, par delà les prétendues races et le marché des religions, un appel à la fraternité et à l’équivalence des humains.

Sam Mas – Bruxelles Culture – Mars 21

« Evelyne Guzy nous parle du passé, de résilience, du portrait qu’on doit se forger de soi-même, de la nécessité de s’inscrire dans les annales d’une famille et de rappeler les faits d’armes des militaires belges qui se sont opposés à l’invasion nazie. »

D’un livre à l’autre – 10 mars 21

« Eva se lance donc dans une quête personnelle : celle de ses origines, mais le passé peut être bouleversant…

On devine aisément qu’Eva est en fait l’auteure même, mais elle a choisi de ne pas écrire à la première personne et de faire de ce récit une fiction car ses recherches ont laissé des vides qu’elle n’a pas pu combler. 

Un livre très intéressant au point de vue historique que je conseille aux amateurs du genre. » 

Bernard Delcord – Les silences de la mort – Lire est un plaisir – 16/3/21

« Quoique fondée, par la force des choses, sur des archives lacunaires, la quête d’Évelyne Guzy est rigoureuse et restitue avec autant d’intelligence que de tact le quotidien méconnu de Belges moyens dont le yiddish était la langue et pour qui le courage discret, mais tenace, était le lot de la survie… Une belle résurrection ! »

Les mots d’Anouk – Conversation avec Evelyne Guzy – 17/3/21

« Comment transmettre avec délicatesse le récit des survivants de l’Holocauste ? C’est toute la question que pose Evelyne Guzy dans son dernier roman. »

Ecouter la Conversation filmée avec Anouk Taché sur lesmotsdanouk.com

La Centrale – Lecture – Mars 21

« Dans un souci d’honnêteté et de transparence pour le lecteur, Évelyne Guzy utilise les ressorts du roman afin de combler les blancs laissés par l’Histoire. Elle est tour à tour Évelyne ou Eva, narratrice perplexe ou témoin direct et nous déroule son enquête qui d’un bout à l’autre du récit ne laisse pas d’être tendre ou inquiétant, mais toujours passionnant. »

Denis BILLAMBOZ – 2021 – Lectures du Renouveau : Enfants de l’exode – Les Belles Phrases – 27/3/21 et Interligne – 3/5/21

« L’auteure anonyme raconte donc la vie des aïeux d’Eva/Evelyne dans une fiction très proche de la réalité. Elle veut écrire la vie de sa famille à la mémoire de tous ceux qui sont morts dans les différentes épreuves infligées au peuple juif tout au long de ce terrible siècle, elle veut écrire aussi pour ceux qui doivent perpétuer la culture yiddish et surtout pour témoigner que les Juifs ne se sont pas laissé mener dans les camps comme des moutons à l’abattoir. »

Anne – Des mots et des notes – 5/4/21

« Ce roman m’a fait penser à d’autres lectures : Outre-Mère de Dominique Costermans et Max, en apparence de Nathalie Shorownek. Dans les deux cas, une descendante d’un homme au comportement particulier durant la seconde guerre mondiale tente de découvrir la vérité sur ce personnage de la famille. Les recherches sont difficiles, fragmentaires, elles laissent les narratrices sur leur faim et les générations qui suivent Max et Charles portent le poids des secrets de famille. Ici, Eva entame la même démarche, à ceci près qu’elle cherche à tout comprendre de ses deux ascendants maternel et paternel, si différents dans leur manière de vivre leur condition juive. Pourquoi Icek semble-t-il avoir été si passif, pourquoi l’image bien entretenue de Doniek est-elle soudain écornée ? » 

Radio Judaica 90.2 FM – Brouillon de Culture – Tamara Weinstock – 20/4/2

Ecouter l’interview approfondie d’Evelyne Guzy par Tamara Weinstock.

Critiques sur Babelio

« Je viens de terminer ce livre et j’en suis encore tout émue. Ce roman, cette histoire pourrait être celle de beaucoup d’entre nous. Combien sommes nous à avoir eu des grands parents émigrés, combien ont dû quitter leur pays et surtout que savons nous réellement de tout cela ? Des histoires de vies, des secrets, des sentiments, de la bravoure, et des doutes, voilà tout ce que l’on retrouve dans ce merveilleux roman. J’ai également appris beaucoup de choses grâce aux nombreux faits et dates historiques tout au long du roman afin de bien nous immerger dans l’histoire. Un livre empli d’émotions et de pudeur que j’ai vraiment beaucoup apprécié. » (Dévoreuse de livres – 23/2/21)

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« C’est à partir d’une présentation de livre à laquelle elle assiste qu »Eva découvre que son grand-père paternel, Icek, n’est peut-être pas l’homme fade et passif qu’elle pensait. Grâce à un DVD-témoignage laissé par son père, Groïnim, elle découvre une partie de son histoire familiale. Elle plonge alors dans une enquête généalogique et historique pour combler les manques et les silences de sa famille paternelle et maternelle.
Un récit qui relate l’horreur de la persécution, l’obligation de quitter son pays natal parce qu’on est Juif : subir, se cacher, être confronté sans cesse à la mort. Un récit qui parle aussi de courage et de convictions.
Si les mots peuvent parfois réécrire la vérité et les souvenirs, ils peuvent aussi être salvateurs. Evelyne Guzy nous livre un roman fort, qui interroge et qui ne laisse pas indemne. La plume est brillante, parfois exigeante. » (Rebus – 24/2/21)

Sur les réseaux sociaux

Martin Rylandt – 16/4/21

Je viens de terminer le livre, poignant, d’Evelyne Guzy, dans lequel sa narratrice, Eva, s’essaye à retrouver les origines de sa famille juive paternelle et maternelle, et par-delà, les siennes, d’abord en Pologne, puis en Belgique, à Charleroi et Anvers. À travers les souvenirs, qui souvent ne se recoupent pas, du père d’Eva, enfant caché par des moines trappistes, et du grand-père maternel, héros de la résistance, Evelyne Guzy nous démontre toute la difficulté qu’il y a à défaire l’écheveau du récit des protagonistes. Où réside la vérité, qu’en est-il de la réalité des faits et des caractères ? Les relations contradictoires de l’attaque du vingtième convoi de déportation des Juifs de la caserne de Dossin en 1943 ou le comportement parfois énigmatique, mélancolique du père d’Eva en révèlent toute la complexité. Au-delà de la vraisemblance historique, de la violence épouvantable dont ont été victimes les Juifs de Belgique et d’Europe, souvent avec la complicité des pouvoirs publics, on comprend ici qu’il est question avant tout pour Eva de se construire une existence, malgré les horreurs du passé. Témoigner, partager, aimer, vivre, comme dit la narratrice, c’est être actrice de sa vie et non pas victime. Je recommande vivement ce livre qui lève une part d’ombre importante de l’histoire de notre pays et qui pose la question suivante : en cas de crise grave, faut-il marcher dans les clous ou privilégier les chemins de traverse ? Moi, j’ai la réponse, mais c’est sans doute inscrit dans mes gènes ! Merci Evelyne Guzy pour ce beau livre

Sam Touzani – 4/5/21

Hier, au milieu de la nuit j’ai terminé  le roman de Évelyne Guzy : 

« La malédiction des mots », je ne résiste pas à l’envie de partager le bonheur d’une telle lecture.  

« La Malédiction des mots » est en réalité une bénédiction littéraire, un partage de mémoire, un souffle de fraternité qui restitue la fragile construction d’une identité humaine…la tâche est plus ardue encore pour les survivants de la Shoah, tous ces hommes, femmes, enfants et vieillards blessés dans leur chair par le plus immense crime contre l’humanité. 

L’antisémitisme est une maladie incurable qui mute en fonction des époques et des circonstances. Pour contenir ce fléau , il faut prendre le temps d’analyser ses multiples et perverses mutations….Evelyne Guzy a pour antidote la force de la liberté narrative et la splendeur du pouvoir des mots, qu’elle met au service d’une histoire familiale. Elle raconte la misère sans misérabilisme. D’abord celle de ses grands-parents juifs ashkénazes, qui viennent d’un Shtetl du fin fond de la Pologne. Ensuite, celle de ses parents sous l’occupation allemande : Grégoire, son père, un enfant caché, abandonné pour être  sauvé,  qui fera vœu de silence pour échapper aux pièges des réglementations édictées par les nazis. Au pays de Charleroi, la mort guette les juifs au pied de chaque terril. Le risque est d’autant plus grand que les troupes rexistes de Degrelle recrutent parmi les frustrés, les haineux et les plus démunis. Entre deux bières maudites, ils dégueulent leur haine du Juif, de l’homosexuel ou du communiste. 

Après la libération, comment cette famille a-t-elle réussi à soigner les blessures  de la culpabilité d’avoir survécu ?  À se construire de nouvelles identités ? À éviter le piège  de l’entre soi et du ressentiment  ? Sans doute en ne renonçant pas à son universalisme : malgré toutes ses particularités, ses discordes, ses contradictions et ses blessures narcissiques, elle plaide, encore et toujours, en faveur de l’humanité comme première patrie…

Je vous invite à découvrir ce récit émouvant et jubilatoire par son style, subtile et à propos par les questions qu’il soulève, à travers l’histoire d’une famille qui s’étale sur trois générations, depuis  les  pogroms du début du siècle dernier en Pologne et en Russie, jusqu’aux attentats antisémites qui ont ensanglanté l’Europe, dont  celui du musée juif de Bruxelles qui est la première attaque antisémite perpétrée par l’organisation terroriste État islamique en Occident. 

On embarque donc pour un exil à la fois périlleux et savoureux au cœur d’une aventure humaine, qui se révèle être un magnifique détartrage mental pour le lecteur. Non que le roman soit un remède contre l’antisémitisme – même s’il n’est pas interdit de rêver -, mais ce que j’aime dans un livre, c’est qu’il possède une mémoire vivante, qui contient plusieurs niveaux, où la petite histoire rencontre la grande pour y déverser au fil des pages son torrent d’humanité, animée par la  volonté de nommer les choses pour survivre à l’innommable. 

Cette  histoire n’est pas uniquement celle d’Évelyne Guzy, ni même celle des Juifs d’Europe de l’Est, des séfarades, de ceux qui ont fait leur Alyah ou des 6 millions de juifs exterminés parce que juifs. Il s’agit de notre histoire à tous, car comme le disait Frantz Fanon, « Quand vous entendez dire du mal des juifs, dressez l’oreille, on parle de vous » .  

Ainsi, la plume de l’autrice nous livre un roman qui réinvente l’espoir dans un monde qui se déshumanise.  D’un côté, elle plonge dans l’abime du silence pour extraire les mots qui n’ont jamais pu être prononcés à l’air libre.  De l’autre, elle cherche dans le labyrinthe de la mémoire familiale et collective à séparer le bon grain de l’ivraie avec l’exigence d’une historienne. 

C’est précisément dans les petits espaces vides, entre les questions sans réponse et les vérités incertaines que « la malédiction des mots » d’Évelyne Guzy  s’articule avec force et beauté.  Le lecteur, quant à lui, retient son souffle jusqu’à la dernière page…

Présentations et Dédicaces

Librairie Filigranes – 24/4/21

Foire du livre de Bruxelles

Rencontre : En quête de mémoire et d’identité – 11/05/21

Dans son roman, Évelyne Guzy enquête sur sa propre famille juive, mettant ses pas dans ceux de sa petite héroïne, Eva, qui entreprend de remonter les traces de ses origines. De son côté, Foulek Ringelheim raconte avec humour l’histoire émouvante d’un petit garçon tourmenté par sa judéité. Sam Touzani, lui, dialogue avec une jeune femme se revendiquant avant tout de sa religion. Tous trois tentent de démêler les fils de la construction de l’identité. Voilà un débat qui promet de mêler la rigueur de la réflexion à l’émotion du vécu et appelera, comme le dit Ghislain Cotton, « à la fraternité et à l’équivalence des humains ».

Participants

Evelyne Guzy, Sam Touzani et Julie Ringelheim, fille de Foulek Ringelheim 

Organisateur

M.E.O. Editions, Renaissance du Livre et Genèse Edition

Modérateur 

Françoise Nice

Dédicaces

Librairie Filigranes : 11/05/21 de 18 h à 20 h.

Librairie Bleus d’encre : 15/05/21 de 16 h à 18 h.

Billets de l’auteur

Ils ont été publiés sur les réseaux sociaux à l’occasion de la sortie de La Malédiction des Mots.

Ce que j’ai compris le 22 mars 2016

Des attentats jihadistes qui ont précédé ceux du 22 mars, je garde, ancrée dans mon corps, la sensation de sidération qui m’a envahie, à chaque fois, plusieurs jours durant.  

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La mémoire à la lueur de la Pâque juive

Alors que nous vivons en exil les uns des autres, je m’apprête à fêter Pesah, la Pâque juive ; elle commémore une traversée du désert. N’est-ce pas un moment privilégié pour réfléchir au sens des récits qui nous relient, par-delà le confinement ?

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Echos de lecteurs

Je viens de terminer ton livre que j’ai lu d’une seule traite. Ton histoire m’a fait penser à celle de mes propres parents et de mes grands-parents que je n’ai pas connus. J’ai aussi apprécié le basculement subtil de la première à la troisième personne, entre la narratrice et Eva. Je te remercie pour cette lecture très émouvante.

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Je suis très touché par vos multiples recherches et par votre très grande sensibilité de rentrer dans le monde juif de l’époque ce qui m’a fait penser à tant de témoignages de cette époque d’une richesse exceptionnelle et pourtant tellement ignorée ou/et inconnue. Merci beaucoup.

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Formidable. Un livre intense en émotions, en mots, en maux. Un livre aussi plein d’espoir. Ce livre est digne d’un film. Merci pour ce magnifique témoignage.

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J’ai lu ton livre avec un intérêt grandissant. Outre l’histoire de ta famille, j’y ai trouvé des réflexions et des informations pour une période de l’histoire qui, comme pour toi, me bouscule beaucoup. C’est un très bel hommage à ceux dont tu descends, mais ce récit est aussi l’histoire de tous ceux qui ont affronté  cette barbarie comme ont dû le vivre également mes parents et grands-parents. En tout cas, il restera une référence pour la nouvelle génération. La qualité scientifique rejoint la qualité littéraire et j’espère que cette démarche enfin achevée te  permettra de souffler un peu en ayant conscience et satisfaction  du travail bien accompli.

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Merci pour ton livre, qui avive chez moi des sentiments enfouis !

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Tu as fait un travail d’historienne impressionnant et passionnant. Je connaissais mal l’histoire de la communauté juive de Belgique durant la 2d guerre mondiale, et au travers de la vie de ta famille, j’ai appris beaucoup de choses. Bravo pour tout ce travail qui fait désormais de toi un « passeur ». Parallèlement, tu as osé t’attaquer aux mythes familiaux, notamment celui de ton grand-père maternel. Cela n’a pas dû être facile. Félicitations donc pour ton livre, qui je l’espère connaîtra un succès bien mérité. 

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Quel bon livre ! Comme vous avez su m’ôter (bien que vos pages soient souvent sombres) à la grisaille de ces jours de confinement. Non seulement vous racontez bien mais votre livre fait réfléchir au problème des émigrés, des Polonais, des Juifs… En tout cas, je l’ai lu avec passion. Je tenais à vous le dire.

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Une belle lecture et profonde réflexion sur la mémoire.

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Ton Roman m’a emportée dans toute une série d’émotions et de découvertes improbables autrement.

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J’ai été très touchée, tant par le thème que par le dévoilement de l’auteur.

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Vous posez les bonnes questions: transmettre l’histoire, mais comment? en acceptant comme risque autant que richesse la part de réinterprétation, de création littéraire. Transmettre l’histoire pourquoi et pour quoi, si ce n’est avec un objectif d’émancipation, un dépassement intégratif. Heureuse de découvrir une fois de plus un judicieux choix d’édition de l’ami Gérard Adam ( MEO). Plein succès 

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Un livre profond, des personnages attachants, un travail très impressionnant.

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J’ai adoré la première partie de votre livre. Cette technique de dialogue est géniale ! La seconde partie est plus triste et conflictuelle. Je m’empresse d’aller voir vos premières œuvres. Etant un vieux Carolo je me suis rendu rue Fagnart à la recherche de la maison, la rue a changé de nom et la maison semble abandonnée. A l’avenue de Waterloo je n’ai pas retrouvé le magasin. Encore un Grand MERCI pour votre témoignage et ce très beau livre.

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Je ne veux pas attendre pour te dire combien ton dernier roman m’a intéressée, touchée, émue. J’ai lu déjà pas mal de livres sur le sort horrible que les nazis infligèrent aux juifs, aux résistants et encore à bien d’autres (Primo Levi, Jorge Semprun, Jean Bloch, Alexis Goldschmidt…) et vu plusieurs films. Tous bouleversants, ils parlent de leur histoire, de leur vécu. Ton roman est différent en ce que tu parles de ceux qui ne sont plus là et que tu dédies le témoignage de tes souvenirs et de tes recherches à tes enfants, à leurs enfants et ceux qui viendront après eux. Quelle belle transmission. Tu allies la rigueur de la journaliste d’investigation à la sensibilité de la fille et petite-fille et à l’imagination de la romancière. Merci pour ce beau livre.

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Certains passages m’ont émue à en pleurer. Quand on fait partie d’une lignée militante, je ne pouvais que me retrouver dans tes questionnements et doutes . Merci de m’avoir emmené sur des chemins qui me restent à parcourir. 

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Ce livre je l’ai dévoré. J’ai beaucoup aimé que tu sois adulte et enfant pour parler d’un parent adulte et enfant. J’ai beaucoup aimé pouvoir me situer en Belgique et dans des évènements de notre époque, comme l’attentat au Musée juif.

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Un livre fort, précieux et tellement bien écrit.

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Ton roman m’a beaucoup plu, beaucoup intéressé. Amateur d’Histoire, j’ai souvent entrecoupé ma lecture de recherches à propos d’événements, de lieux ou de personnages que tu as évoqués. C’est comme ça que j’aime déguster un livre. J’ignorais que tu avais fait des études de journalisme. Ainsi, de journaliste, tu t’es fait historienne et tu as pu mettre tes talents de conteuse au service de « ton » histoire. Une réussite !

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Je viens de tourner la dernière page de ton livre et j’en suis toute remuée. C’est brillant, très bien écrit et ça dévoile une partie de toi jusque-là de moi inconnue, et qui m’a fort touchée.

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J’ai commencé ton livre… oserais ton “romanquête”, ton écriture est savoureuse… J’entre dans cette belle aventure humaine, cette épopée familiale, comme si j’étais revenu dans ma propre maison familiale, les fondations et les fêlures sont identiques… seule la déco des pièces changent… tellement proche par le parcours, tellement différent par la culture… Les non-dits et le silence sont en marche, j’ai hâte de savoir où ils amèneront le lecteur ô combien déjà conquis que je suis… J’aime les “fantômes ternes” car ils colorent la palette de nos multiples identités.

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Ton roman est un petit bijoux d’humanité et d’intelligence…