Véronique Bergen, Marilyn naissance année zéro

1/12/14 : Véronique Bergen est née à Bruxelles. A la fois écrivain et philosophe, son œuvre compte des essais, de la poésie et des romans.

Véronique Bergen, Marilyn naissance année zéro, Al dente. Biographie romancée

Dans Marilyn naissance année 0, une biographie romancée, Véronique Bergen s’attaque, comme de l’intérieur, à un monstre sacré. Pour nous parler de Marilyn, Véronique Bergen multiplie les points de vue – le roman est polyphonique : les psys de l’actrice ou des célébrités, comme son chien ou ses médicaments, prennent la parole ! Souvent, nous entendons la voix de Norma Jaene, la Marilyn des origines, celle que l’actrice a dû expulser d’elle-même pour devenir la star que nous connaissons. Car Norma Jeane – c’est le véritable nom de Marilyn – se vit comme une pouilleuse de basse ascendance, une petite fille abandonnée à chaque étape de se vie. Sa grand-mère, déjà, a tenté d’asphyxier cette batarde dès la naissance. Son père, sa mère, puis les personnes qui s’en sont tour à tour occupées, l’ont tous laissé tomber. La soif de séduire de Marilyn, les signaux hormonaux qu’elle envoie à ceux qui croisent son chemin, sonnent comme un cri, celui du naufragé. Nul mâle, nulle caméra ne peut lui résister tant son regard, déjà, appelle l’amour physique et, sans doute, au-delà, l’attention d’un père absent qu’elle ne renoncera jamais à conquérir. Chaque amant s’appelle Daddy.

Marilyn naissance année 0 nous conte l’histoire d’une femme qui ne parvient pas à rassembler les diverses facettes de sa personnalité. Schizophrène, nymphomane, paranoïaque, les diagnostics ne manquent pas pour décrire les dérèglements psychiques qui accablent Marilyn. Sous la plume de Véronique Bergen, nous comprenons le lot de souffrances que recouvre le vocabulaire froid de la psychiatrie. Peut-être cette faille recèle-t-elle le secret de l’amour porté par le public à Marilyn ? Sous le masque de la féminité provoquante se cache une petite fille triste et en colère, à qui on a envie d’insuffler de la force. La sexualité n’est-elle pas, en quelque sorte, un passage d’énergie entre deux êtres ? Envahie par les angoisses et les idées noires, Marilyn y trouve refuge ; elle se comporte en véritable accro, comme à la came. Pour son public, elle est une drogue aussi : elle l’amène à oublier la guerre de Corée puis celle du Vietnam, la misère du quotidien et l’emporte dans une onde de sensualité orgasmique vers un monde autrement inaccessible. Marilyn fascine, elle stimule les fantasmes de ses contemporains.

L’histoire de Marilyn est intimement liée à celle du grand écran. Car Marilyn, née en 1926, vient au monde en même temps que le cinéma parlant. Curieuse coïncidence, pour celle qui toute sa vie a lutté contre le bégaiement. Sa présence et sa voix, si particulières cependant, rendront des navets irrésistibles. La Belle n’est pas dupe, et attendra à tout jamais le grand rôle de sa vie – du Tchékhov, elle aurait tant aimé ! –, elle qui tente des heures durant, de se composer le visage du mythe, avant de se présenter à autrui. Peut-être la naissance d’un enfant aurait-elle pu la sauver. Elle lui sera toujours refusée. Marilyn, un être en quête d’ascendance comme de descendance, ne trouvera jamais sa place parmi les humains. Aucun spécialiste de l’âme ne la sortira de son impasse intérieure.

Avec sa prose magnifique, qui, à l’image de Marilyn, tantôt frôle la trivialité, tantôt se targue d’élégance, Véronique Bergen nous touche au plus profond, nous met en phase avec les multiples facettes de l’actrice sex symbol et la laisse résonner en nous. La multiplication des voix qui s’expriment nous permet d’approcher le personnage au plus près. De mythe, Marilyn devient femme et, paradoxalement, dans un même mouvement, le mystère qui entoure sa vie comme sa mort, en 1962, s’épaissit encore… Car c’est à nous de reconstruire le puzzle de son existence en recomposant les éléments d’une narration qui mélange époques et approches. Nul être ne livre tous ses secrets.

La semaine prochaine, nous parlerons de Ma mère, par exemple d’André-Joseph Dubois, une biographie romancée d’un tout autre genre, parue aux éditions Weyrich.

Ecouter : Melting Pot 011214

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