André-Joseph Dubois, Ma mère, par exemple

8/12/14 : Weyrich édition est une maison fondée par Olivier Weyrich, un imprimeur wallon passionné par les livres. Son siège se situe à Neufchâteau, dans les Ardennes et elle a pour spécificité de défendre la littérature régionale de qualité. L’œuvre de l’écrivain liégeois AndréJoseph Dubois s’insère parfaitement dans ce cadre, lui qui dans les années 80 a publié chez Balland (Paris) deux romans témoins d’une certaine Wallonie : L’Œil de la mouche et Celui qui aimait le monde. Trente ans après, il nous revient avec le lancement de la collection Plumes du Coq chez Weyrich, qui réédite son premier livre et en publie successivement trois autres: Les Années plastique, Le Sexe opposé et Ma mère, par exemple, que j’ai lu pour vous.

André-Joseph Dubois, Ma mère, par exemple, Weyrich (Plumes du coq). Biographie romancée

Le titre de Ma mère, par exemple est particulièrement bien choisi. Car la femme dont nous parle André-Joseph Dubois, sa mère, n’a rien d’exemplaire ou d’exceptionnel, sinon qu’elle a vécu plus de cent ans et traversé le siècle. Nous conter son histoire, c’est nous dresser le portrait de tant de femmes qui, aliénées par leur condition ont étouffé leur vie à l’ombre de leur père ou de leur mari, conquérant de temps en temps, à bas mots, de petits pans de liberté.

La mère de André-Joseph Dubois est née d’une famille d’origine modeste qui s’est enrichie. On aménage donc dans une ancienne maison de notaire – c’est tout dire – sans pourtant se doter d’un évier. On y vit comme dans une pauvre demeure, la famille se regroupant dans la cuisine de peur d’user du chauffage central. Une fois par semaine, la baignoire est remplie pour tous.

De la luxueuse maison, on émigrera à Charleroi, la vie se ponctuant de déménagements, en fonction du travail des hommes. Toujours, les femmes suivent le mouvement, s’abîmant dans les tâches ménagères. Une faille à la routine cependant : la mère d’André-Joseph est douée pour le piano, distraction des jeunes filles de bonne famille. Son père l’autorisera donc à en jouer, lui offrant un somptueux instrument. Mais le Conservatoire lui sera interdit, les cours étant mixtes. Elle obtiendra son diplôme au Jury central et, toute sa vie, doutera de la validité de celui-ci. Elle donnera ensuite quelques cours particuliers mais le mariage – qu’elle retardera tant qu’elle le pourra – mettra fin à cette liberté durement conquise : tout homme qui se respecte doit, à l’époque, subvenir aux besoins de sa femme. A la mort de son mari, la mère trouvera, enfin, une certaine autonomie. A 60 ans, elle enseignera son Art dans une école ; elle n’y renoncera que 20 ans plus tard.

Ma mère, par exemple est un ouvrage drôle, tendre et lucide. Conscient du fossé des générations et « l’illusion de toute entreprise biographique », Dubois se montre sans complaisance. Sa mère a vécu à côté de son siècle, comme soumise aux événements, spectatrice plutôt qu’actrice du monde, y compris pendant la guerre où elle a, à maintes reprises, fermé les yeux pour se préserver. Il nous livre également une réflexion profonde sur « l’extrême vieillesse », qui n’est, selon lui, que « l’entassement de morts successives ». Durant un siècle, une femme sans relief particulier, sans faculté d’exprimer opinions ou sentiments, sera aimée d’un fils qui, de la banalité de sa vie, tirera une œuvre littéraire.

Vous pouvez trouver Ma mère, par exemple dans toutes les bonnes librairies et aussi le commander en ligne, en version  numérique. La bonne nouvelle maintenant, c’est que cet acte ne privera plus nécessairement votre libraire d’une vente. Vingt-sept libraires belges viennent en effet de prendre une initiative intelligente pour se défendre contre les géants du Net. Librel.be présente leur offre de livres numériques et donne des conseils de lecture. Sur la page d’accueil, vous découvrirez les coups de cœur des libraires, des critiques, les meilleures ventes, des livres d’auteurs belges… des éditeurs francophones belges sont également mis en avant.

La semaine prochaine, je vous parlerai du livre de Jean-Pierre Orban, Vera, paru au Mercure de France.

Ecouter : Melting Pot 081214

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