Jean-Pierre Orban, Vera

15/12/14 : Sans doute peut-on dire sans se tromper que Jean-Pierre Orban est un citoyen du monde. Né d’un père belge et d’une mère italienne, il a vécu à Bruxelles et à Londres. Il habite aujourd’hui Paris et dirige la collection Pulsations chez l’éditeur Vent d’ailleurs. Comme auteur, il s’est illustré dans plusieurs genres : le théâtre, la littérature jeunesse et la nouvelle. Son premier roman, Vera, a failli emporter le prix Rossel cette année. Il s’est classé derrière le livre d’Edwige Jeanmart, Blanès, dont nous avons déjà parlé. Vera est publié par une excellente maison française, Le Mercure de France. Mais avant cela, c’est un éditeur bruxellois, Bernard Gilson, qui a flairé le talent et publié les premières œuvres d’Orban. Les contraintes financières et les mutations du monde de l’édition ont forcé Bernard Gilson à cesser son activité. Il a publié mon premier roman, Dans le sang. Et, j’ai forcement aujourd’hui une tendre pensée pour lui…

 Jean-Pierre Orban, Vera, Mercure de France. Roman

Le livre de Jean-Pierre Orban nous plonge dans un milieu très particulier, une sorte de reflet de l’Italie au cœur de Londres, avant-guerre.  : Little Italy où naît Vera, l’héroïne du roman, dans une famille pauvre fraîchement immigrée. Ada, sa mère, tient un commerce hétéroclite, qui ressemble plus à un capharnaüm qu’à une échoppe de brocanteur. Analphabète et plutôt nigaud, Augusto, son père, travaille comme docker. Avec l’ironie de ceux qui ont honte de leur milieu d’origine, Vera le surnomme « Le Clown ».

Au début de sa vie, tout semble sourire à Vera. Repérée par des propagandistes, elle devient rapidement la coqueluche des milieux mussoliniens liés à l’ambassade. Elle suit les cours d’Italien organisés pour les enfants, dévore des livres à la gloire de l’Italie et de son remarquable passé, marche au pas lors de grands rassemblements où se scande la propagande du Duce. Toute à sa soif d’apprendre, elle se laisse entraîner par l’euphorie du fascisme. Vera, venue de rien, perdue dans l’anonymat de ses origines, existe enfin. Plus qu’à ses parents, elle appartient dès lors à l’Italie et à son glorieux destin.

Car oui, les parents de Vera sont des gens simples, mais pas sans histoire, tant on sait que l’immigration est une aventure. Leurs tourments auraient pu s’arrêter là, si la guerre n’était survenue, faisant de chaque ressortissant italien un suspect, sinon un ennemi, dûment désigné par Winston Churchill, le Premier ministre britannique. Dans de telles circonstances, l’histoire individuelle ne peut se détacher de la Grande Histoire. Comme nombre d’Italiens, le père de Vera est arrêté et, lui, Le Clown, l’innocent par excellence, paiera de sa vie d’être né dans le camp ennemi. Vera se sent coupable : n’est-ce pas elle, la fasciste de la famille ? Elle n’aura alors de cesse de s’affranchir de ses fascinations d’enfant, de Dieu et de l’Italie. La vie se montrera rancunière, cependant…

Avec Vera, Jean-Pierre Orban nous offre un ouvrage nécessaire, qui ouvre les yeux sur un aspect méconnu de la Seconde Guerre mondiale. La tragédie de Vera nous est contée dans un style subtil et maîtrisé, sans pathos inutile. Nous pénétrons ainsi au plus profond des ses tourments, qui sont aussi ceux d’une époque. Incarnée par Vera et les autres protagonistes du roman, l’Histoire devient vivante. Nous sortons de cette lecture meilleurs car, sans doute, avons-nous pu nous délester de certains préjugés.

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