Armel Job, Dans la gueule de la bête & Bruxelles sous l’occupation nazie

19/5/14 : Armel Job, Dans la gueule de la bête, Robert Laffont. Roman 

Né dans une modeste famille d’artisans liégeois, Armel Job deviendra professeur de latin et de grec à Bastogne, puis directeur d’établissement. Il a publié une dizaine de romans, principalement chez Robert Laffont, un important éditeur français.

Dans La gueule de la bête se déroule dans cette région de Liège qu’Armel Job connaît bien, à l’époque de la guerre 40-45. J’ai l’ai lu comme un hommage à toutes ces personnes, notables ou anonymes, catholiques ou socialistes, qui, durant la Seconde Guerre mondiale sont venues en aide aux Juifs persécutés, au risque de leur propre vie. On y rencontre une petite fille, cachée dans un couvent et séparée de ses parents, des Juifs sans religion. On y côtoie aussi une famille de fervents chrétiens, membres d’une confrérie pour la conversion d’Israël, qui accueille une jeune mère, sans rien exiger d’elle. Une ancienne épicière dissimule un père désespéré de vivre loin de ceux qu’il aimerait protéger… On y croise aussi des profiteurs de guerre, un dangereux mouchard et des militaires allemands. Toutes ces personnes nous sont présentées dans leur complexité, un jour lâches, l’autre courageuses, un jour égoïstes, l’autre généreuses. Des gens comme vous et moi, face à une histoire qui tente de les écraser…

La force du livre d’Armel Job est de réintroduire la nuance dans un univers que nous lisons souvent en noir et blanc. Son propos se révèle, par moment, politique. On s’interroge sur l’Église qui s’est organisée pour sauver des Juifs mais ne blâme pas publiquement l’occupant. Ou sur la responsabilité de notables juifs qui, bien que convaincus de mener une politique du moindre mal, seront instrumentalisés par les nazis.  « Ce qu’il y a de terrible dans la guerre, conclut Armel Job, c’est qu’il ne s’agit plus du bien et du mal, comme on se l’imagine, mais seulement de différentes sortes de mal entre lesquelles il faut se décider. »

Pierre et Jimmy Bourgeois, Bruxelles sous l’occupation nazie, Pré riant. Photographies

Pour comprendre mieux encore cette période complexe, mais à Bruxelles cette fois, je vous recommande une sorte d’album photographique géant, extrêmement parlant. Dans Bruxelles sous l’occupation nazie, paru aux éditions du Pré riant, Pierre Bourgeois a réuni les photos que son père, Jimmy Bourgeois, a prises durant cette sinistre période. Il s’agit là du véritable acte de résistance d’un jeune homme de vingt ans, à une époque où toute entrave à la censure était sévèrement punie. Le risque étant grand, ce type de photos est très rare. Ce livre nous offre donc un témoignage précieux sur le quotidien à l’époque de l’occupation. On y découvre les changements opérés dans le paysage urbain par l’administration militaire, et les marques de résistance de la population. On se rend compte de la portée des réquisitions, qui touchaient tant les voitures que les cinémas ou même les maisons closes. On y prend conscience de la faim qu’on vécue nos parents et grands-parents, qui faisaient de longues files pour acheter quelques harengs tandis que les nazis, soucieux de leur prestige, organisaient des concerts sur la Grand-Place. (www.editionspreriant.be)

La semaine prochaine, nous changerons totalement de style avec un livre de Geneviève Damas, Histoire d’un bonheur, paru chez Arléa. Je vous ferai également découvrir une revue littéraire belge, Marginales.

Ecouter la chronique : Melting Pot 190514

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